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jueves, 21 de octubre de 2010

"LE SOCIOLOGUE EN HABIT DE JOURNALISTE"

Le sociologue en habit de journaliste

par Alain Desrosières [30-09-2010]

Domaine(s) : Société | Culture & médias

Mots-clés : sociologie

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Sociologue des médias à l’origine, Cyril Lemieux a décidé de participer à son objet en animant une chronique radiodiffusée commentant les événements à la lumière de la sociologie. Un exercice difficile, susceptible de ranimer les relations entre science et médias à condition d’éviter un certain nombre d’écueils.

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Recensé : Cyril Lemieux, La sociologie sur le vif, Presses des Mines, Paris, 2010, 326 p., 19 €

Depuis plus de vingt ans, resurgit régulièrement le débat sur l’enseignement des « sciences économiques et sociales » (SES) dans le second cycle des lycées. Cet enseignement revendique la complémentarité de l’économie et de la sociologie. Ce regroupement est critiqué de deux points de vue qui, bien que distincts, visent au même but : faire disparaître l’heureuse innovation qu’a constituée la création, dans les années 1970, de cet enseignement associant les deux disciplines. D’une part, des chefs d’entreprise affirment que cet enseignement donne « une image négative de l’entreprise », en attirant trop, selon eux, l’attention des élèves sur les tensions et conflits entre les groupes sociaux. D’autre part, les économistes universitaires orthodoxes, qui revendiquent la scientificité de leur discipline (notamment à travers ses modélisations mathématiques) en la distinguant de disciplines supposées littéraires et peu rigoureuses, estiment que cet enseignement, assuré dans les lycées, prépare mal à celui, abstrait et formalisé, qu’ils pratiquent dans les grandes écoles et les universités. Sans que cela soit dit explicitement, la sociologie est, de ce fait, disqualifiée. Ce deuxième point de vue est bien sûr contesté par les universitaires économistes hétérodoxes de toutes tendances.

Au delà de la bataille, menée à juste titre par les enseignants des SES, il est utile de s‘interroger sur les usages sociaux de ces deux disciplines. L’économie élémentaire, notamment celle des médias, insiste sur deux idées apparemment contradictoires. D’une part, l’individualisme méthodologique affirme que seuls les comportements des individus, libres de leurs choix et poursuivant leurs intérêts, permettent de rendre compte des phénomènes économiques. D’autre part les « contraintes des marchés » sont « incontournables » et pèsent lourdement sur ces mêmes acteurs individuels, telles des lois universelles. Dès son origine, l’économie s’est constituée comme un discours normatif, ou au moins prescriptif, soit en inculquant aux jeunes (et aux moins jeunes) une « culture économique » schématique et désincarnée, soit en conseillant le Prince ou en commentant ses décisions, (avec des outils certes plus sophistiqués). Dans ce deuxième cas, l’économie est comparable à une « ingénierie », selon l’expression de Michel Armatte [1]. Il est cependant difficile de juger les contenus cognitifs de la science économique en les isolant de ces deux grands types d’usages sociaux, idéologique et prescriptif. La crise qui fait rage depuis 2007 (les subprimes) et 2008 (la faillite de Lehman Brothers) a multiplié les interventions de ce type prescriptif : « Voilà ce qu’il faut faire… », « Voilà ce qu’on aurait dû faire… ».

Qu’en est-il, de ce point de vue, de la sociologie ? A quoi sert-elle, de fait ? La sociologie sur le vif, le livre apparemment sans prétention théorique de Cyril Lemieux, offre une occasion de réfléchir à cette question, notamment en la comparant à l’économie. Il est constitué par les transcriptions de brèves interventions de cinq minutes, à la fin d’une émission radiophonique hebdomadaire de France-Culture, La suite dans les idées, de Sylvain Bourmeau, entre août 2007 et juillet 2009. Le plan est toujours le même : présentation d’un événement d’actualité, puis interprétation de celui-ci à l’aide de quelques grands auteurs de la sociologie classique ou contemporaine. Dans chaque cas, est opposée à la lecture journalistique « premier degré », souvent stigmatisante ou moralisante, une autre lecture indiquant à ceux

qui croient que les individus sont entièrement libres et autonomes dans leurs choix, [que] la sociologie rappelle ce que ces choix supposés autonomes doivent à leur socialisation et à la place particulière qu’ils occupent dans des systèmes d’action concrets, les mettant aux prises avec d’autres êtres humains. (21 juillet 2009, p. 310).

Cet énoncé très général et scolaire prend tout son relief avec les cas concrets que tout le monde a en tête car ils ont figuré, à un moment ou l’autre, à la une des grands médias. Cette lecture a l’intérêt de montrer que la sociologie ne vise pas à présenter les comportements des acteurs comme « déterminés », ni a fortiori« excusés » par des « facteurs sociaux » qui les surplomberaient, comme le suggère souvent une lecture dénonciatrice. En revanche, elle contribue à stimuler « l’imagination politique », selon une expression inspirée du célèbre livre de Wright Mills, L’imagination sociologique. Ceci pourrait s’appliquer tout particulièrement à l’imagination des journalistes.

Sociologie compréhensive et journalisme

Cyril Lemieux s’était en effet fait connaître, en 2000, par la publication de sa thèse sur le journalisme : Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques (Métailié, Paris). Il y décrivait le système des contraintes et les configurations d’acteurs dans lesquels les journalistes se meuvent, et les critiques qui leur sont adressées. Parmi celles-ci, la dépendance au temps très court et aux interprétations déjà formatées par les acteurs, et la concurrence entre médias. Ce premier livre avait parfois été lu, par des critiques plus radicaux, comme une tentative de disculper une presse souvent perçue comme complice des pouvoirs économiques et politiques en place. Le dernier livre, La sociologie sur le vif, peut être vu comme une série d’exercices sur ce que la sociologie pourrait apporter au travail journalistique, notamment pour les écoles de journalisme. Sans chercher à « excuser », il s’agit de fournir des exemples d’événements qui, à un moment, « font l’actu », et de les lire à l’aide de quelques schèmes travaillés, dans d’autres temps et d’autres lieux, sur d’autres cas, par quelques-uns des auteurs les plus fameux de la discipline. L’auteur parle à ce sujet de « distanciation ». Il a toujours en tête, pour la combattre, l’opposition simpliste et scolaire entre liberté et déterminisme, déjà mentionnée ci-dessus à propos de l’économie. Mais il la traite non pas de façon abstraite et théorique, mais à partir de ces histoires et polémiques qui ont défilé dans la presse au cours de ces deux années :

La sociologie doit cesser de croire que son travail cesse à partir du moment où elle a montré les limites de l’autonomie des individus… Sa tâche est, au moins autant, de rendre compte de ce phénomène social que constitue l’autonomie, ou du moins, un certain degré d’autonomie individuelle. Parvenir à concilier les deux perspectives, celle de l’autonomie relative des individus et celle de leur manque d’autonomie observable, demande des approches sociologiques suffisamment subtiles. Or, celles qui ont pignon sur rue ne le sont pas toujours (25 septembre 2007, page 294).

« Rendre compte de ce phénomène social que constitue l’autonomie », telle est la tache paradoxale de la sociologie « compréhensive », selon l’expression (elle-même souvent très mal comprise) de Max Weber, revendiquée par Cyril Lemieux. Cette démarche doit se défendre sur deux fronts : 1) « comprendre » n’est pas « excuser », mais 2) ce ne peut être non plus un obstacle à la lutte politique, y compris la plus exigeante et radicale. La première critique peut d’ailleurs être lue dans les deux sens : « expliquer » (et a fortiori « comprendre ») les émeutes de banlieue n’est pas « excuser » les brûleurs de voitures (comme le soutient Alain Finkielkraut), mais « expliquer » les comportements des traders ou des riches fraudeurs fiscaux n’est évidemment pas non plus manifester une quelconque connivence avec eux.

Quels sociologues sont ainsi mobilisés ? Le grand gagnant est Max Weber (dix fois), dont sont cités les thèmes de la légitimation (charismatique ou légale-rationnelle), de la supposée opposition entre éthiques de responsabilité et de conviction (présentées et relativisées), le « désenchantement du monde », le capitalisme comme une « cage d’acier », et l’idée de neutralité axiologique. Puis viennent Pierre Bourdieu (six fois : habitus, champ et distinction, bien sûr, mais aussi le « racisme de classe », et l’opposition de Grignon et Passeron entre misérabilisme et populisme), et, chacun cinq fois : Howard Becker (déviance et outsiders, sociologie du monde de l’art), Luc Boltanski (sens de la justice, jugements de grandeur, notion d’« affaire »), Emile Durkheim (suicide, anomie, droit et division du travail social, biologie et sociologie), Norbert Elias ( autocontrainte et distanciation, processus de civilisation, société de cour, gêne devant la mort), Erving Goffman (mise en scène de la vie quotidienne, distance au rôle, perte de la face, dénégation des inégalités sociales), Albert Hirschman (quatre fois : rhétorique réactionnaire, sociologie des grèves, « exit et voice »), et (trois fois) : Raymond Aron, Christian Baudelot et Roger Establet, Michel Callon et Bruno Latour, puis (deux fois), Jurgen Habermas, Maurice Halbwachs, Paul Lazarsfeld, Claude Lévi-Strauss.

Rechercher les implicites antérieurs

Voyons, pour deux affaires récentes en partie postérieures à ces interventions radiophoniques, quel éclairage sociologique serait possible : les affaires Kerviel, puis Bettencourt-Woerth. Dans les deux cas, il apparaît que ces affaires rendent visibles des choses qui existaient auparavant de longue date, mais étaient non vues. La forme « affaire » provient de cette soudaine visibilité. Là où le journaliste décrit un scandale, le sociologue cherche pourquoi ces mêmes choses ne faisaient pas auparavant scandale, et pourquoi elles apparaissent à un certain moment. De cela les exemples abondent. (Les affaires de pédophilie relèvent sans doute de ce cas, mais les études historiques et sociologiques de cette question manquent, pour des raisons évidentes).

L’affaire Kerviel est évoquée dans l’émission au moment de son apparition, en janvier 2008. Elle est lue avec l’information alors disponible, sur la trajectoire familiale, sociale et professionnelle du trader, et sa place dans la salle de marché de la banque (émission du 29 janvier 2008, citant La distinction de Pierre Bourdieu). Plus tard, et notamment après la publication de son livre de souvenir (L’engrenage, Flammarion, 2010) puis son procès (printemps 2010), la lecture de Cyril Lemieux pourrait être complétée par l’analyse du micro-milieu des traders que suggèrent les travaux des sociologues Olivier Godechot et Fabian Muniesa, et de l’économiste spécialiste de la finance André Orléan. Dans ce cas, se compléteraient deux schèmes fréquemment mobilisés dans La sociologie au vif : une lecture macro-sociologique, façon Bourdieu, et une autre sur les interactions au sein de « systèmes d’action locaux », tels que les décrit Erhard Friedberg. Les informations publiées en 2010 sur l’atmosphère très particulière des salles de marché (bien décrite par Kerviel), la compétition sur les bonus, la hiérarchie de la banque, tournent autour de la question éminemment sociologique, invoquée par le trader pour sa défense : « Tout le monde savait ». Que veut dire « savoir » ? Qui savait quoi ? Non seulement sur l’activité hors norme de Kerviel, mais, plus généralement, sur ce qui était implicitement « normal » pourvu que cela rapporte à la banque ? Quel est cet implicite brandi par lui pour se défendre, et farouchement nié par sa hiérarchie ? Passer d’une logique d’imputation de culpabilité et de défense, à une autre d’analyse des systèmes d’action en œuvre, tel est un des enjeux du passage nécessaire, d’une posture judiciaire (et journalistique), vers une autre où la sociologie compréhensive traque les implicites antérieurs, qui « expliquent » les comportements des acteurs au moment où éclate l’affaire.

L’affaire Bettencourt-Woerth, qui démarre en décembre 2007 sur la plainte pour « abus de faiblesse » d’une fille à propos de sa mère, prend une toute autre ampleur en juin 2010, avec la révélation par Médiapart des enregistrements de conversations par un majordome de Liliane Bettencourt. Là encore sont possibles plusieurs lectures sociologiques impliquant des implicites antérieurs. Comme pour l’affaire Kerviel, la première est macro-sociologique. Elle est le fait de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (Le Monde, 13 juillet 2010), dans la ligne de leur étude sur Les ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces (Seuil, Paris, 2007). Ils situent ainsi l’activité sociale et hippique du couple Woerth dans leur ville de Chantilly, décrite comme un haut lieu de la grande bourgeoisie. Cet entre-soi allant de soi, cultivé de longue date, explique la surprise et l’incompréhension des acteurs de voir tout à coup dévoilés par la presse des réseaux d’influence et d’échanges de bons procédés, dans lesquels ils baignent sans aucun recul. Mais plusieurs autres implicites apparaissent aussi dans cette affaire gigogne : le cumul, depuis plusieurs années, des fonctions de trésorier d’un parti et de ministre, le « conflit d’intérêt » non perçu auparavant, de l’aveu même d’une protagoniste, et enfin, le moins souligné et pourtant très important : la question de « l’abus de faiblesse » et du système des tutelles, qui met en cause le droit et la sociologie de la famille. Chacun de ces points pourrait mériter à lui seul un petit recul sociologique du type « sociologie sur le vif », si des journalistes ainsi frottés de sciences sociales s’en emparaient.

Limites et portée de l’exercice : les trois périls de la sociologie

L’exercice consistant à faire un petit cours de sociologie en cinq minutes dans une émission de radio est une gageure. Il a bien sûr ses limites, et on ne peut en faire grief à l’auteur, qui a astucieusement rempli son contrat. On peut néanmoins se demander s’il n’aurait pas été possible de faire au moins allusion à certaines questions dont il est par ailleurs spécialiste. Par exemple, les controverses souvent âpres qui parsèment l’histoire de la sociologie ne sont évoquées que très incidemment, sous la forme : « Certains pensent que…, et d’autres que… », sans que ces oppositions soient décrites ni expliquées. La statistique est souvent utilisée comme argument, mais l’enjeu que sa construction constitue, et les débats autour de la quantification, ne sont pas mentionnés. Encore une fois, l’auteur peut répondre qu’il voulait aller à l’essentiel, en montrant en quoi la sociologie peut contribuer au décryptage quotidien des rapports sociaux. De ce point de vue, il permet de réfléchir à quelques-uns des dangers qui la guettent. Trois dérives menacent en effet la sociologie : l’économétrie, le théoricisme et l’essayisme.

La notion de variable est centrale dans la démarche économétrique. Elle est essentielle dans une perspective de gouvernement, des hommes ou des choses. Il n’est pas illégitime que la science économique, sous-tendue par une finalité normative ou prescriptive, fasse large usage d’outils adaptés aux sciences de l’ingénieur. En revanche, la diffusion des techniques économétriques en sociologie met en avant des questions comme « l’effet pur d’une variable », ou « l’effet causal », « toutes choses égales par ailleurs », notamment afin d’évaluer les effets à attendre de telle ou telle action. Ainsi substituée de fait à la question de l’acteur en société, cette notion de variable tend à changer radicalement la spécificité historique de la discipline, rappelée en termes simples et concrets par La sociologie au vif, à travers les nombreuses questions traitées par les auteurs classiques. Cette distinction entre une problématique d’acteur situé et une problématique de variable dépasse très largement celle, récurrente dans les manuels, entre « méthodes quantitatives » et « méthodes qualitatives », le fameux « quanti ou quali ? ». De ce point de vue, ce livre peut contribuer à faire avancer la réflexion sur l’enseignement des SES, en partant de l’idée que les deux démarches, économie et sociologie, sont légitimes, mais que l’une ne doit pas effacer l’autre, même subrepticement et de façon invisible à travers ses instruments apparemment techniques comme la statistique et l’économétrie.

Le théoricisme est un autre péché mignon de la sociologie, très différent du précédent. Cette fois, la sociologie a du mal à se démarquer non plus de l’économie, mais de la philosophie la plus conceptuelle. Ou plutôt, elle peut être aspirée par une autre forme de normativisme, celui de la philosophie politique, pour lequel la demande sociale est inépuisable. Cyril Lemieux appartient à un courant de la sociologie, inspiré de Luc Boltanski et Laurent Thévenot, qui s’est précisément donné pour but de prendre pour objet empirique les justifications et orientations normatives des acteurs sociaux. Il y a contribué à travers la notion de « sociologie des épreuves ». Cette sociologie suppose la mise en place de systèmes d’observation et d’interprétation très originaux. Mais, de même que les sociologues quantitativistes risquent d’être happés par la machinerie économétrique, les sociologues de la justification risquent d’être happés par la machinerie conceptuelle. La philosophie politique est, comme l’économie, une grande et vénérable tradition, mais la sociologie doit toujours être consciente de ce qui la distingue nettement de l’une comme de l’autre, en particulier du point de vue de ses usages sociaux. Malgré la modestie apparente de son propos, La sociologie au vif est une bonne introduction aux questions : À quoi sert la sociologie ? En quoi se distingue-t-elle autant de l’économie que de la philosophie sociale et politique ?

Cette dernière question est aussi essentielle pour réfléchir au troisième danger qui guette la sociologie, l’essayisme, attisé notamment par les demandes médiatiques. Il en existe plusieurs variantes. Le fait de ne pas recourir aux langages ésotériques de l’économétrie, ou de la théorie pour la théorie, peut conduire à une facilité : le commentaire redondant et sans surprises du « spécialiste » qui, de micros en tribunes, diffuse en boucle les réponses toutes prêtes aux questions toutes faites de trop de journalistes. Ce péril n’est pas spécifique à la sociologie. L’économiste Frédéric Lordon a bien analysé le danger que constitue pour un chercheur le fait de répondre trop souvent et trop brièvement à la multiplication de ces demandes . Les chercheurs peuvent s’y laisser entraîner, presque involontairement, dès lors qu’ils figurent dans les carnets d’adresse des journalistes, qui les qualifient de « bons clients », au verbe vite dit vite oublié. L’autre variante, plus ambitieuse, est celle de la « libre opinion ». Il ne s’agit bien sûr pas de critiquer l’expression démocratique des points de vue, mais le fait de se parer, pour exprimer des idées souvent banales, de quelque titre académique, supposé donner plus de poids à cette opinion. Les interventions de Cyril Lemieux dans La suite dans les idées ne relèvent pas de ces cas, dans la mesure où il cherche à mettre en relief, dans une émission consacrée aux sciences sociales, l’apport spécifique du regard sociologique. Il y fait apparaître des aspects, souvent contre-intuitifs, des événements qu’il commente, en s’appuyant sur les auteurs classiques, qu’il contribue ainsi à faire mieux connaître. Et de fait, il a interrompu l’exercice au bout de deux ans. Le mieux que l’on puisse lui souhaiter est de ne pas devenir un « bon client ».

Dans quelle mesure la sociologie peut elle contribuer à la (re)naissance d’une presse plus critique, sinon subversive ? L’écart entre une grande partie des journalistes et les classes populaires est apparu de façon caricaturale au moment du référendum européen de 2005. Depuis, il a été souvent affirmé que la multiplication des supports internet a permis l’éclosion d’une presse moins terne et convenue, dont Edwy Plenel (Mediapart) et Daniel Schneiderman (Arrêt sur images) sont des symboles parmi d’autres. Certains (il est vrai, créateurs de tels sites) vont jusqu’à prophétiser la fin prochaine de la presse papier. Il faut noter que ces nouveaux sites se sont surtout fait connaître par la révélation de scandales, qui apparaissent comme des anomalies, des déviances. L’intérêt du regard sociologique (et aussi historique, non moins important) est de faire ressortir le caractère structurel, et donc politique, bien plus qu’accidentel, de rapports sociaux dont les rebondissements de « l’actu » (« un clou chasse l’autre ») ne sont que des épiphénomènes.

par Alain Desrosières [30-09-2010]

Pour citer cet article :

Alain Desrosières, « Le sociologue en habit de journaliste », La Vie des idées, 30 septembre 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Le-sociologue-en-habit-de.html

Notes

[1] Voir Michel Armatte, La science économique comme ingénierie. Quantification et modélisation, Presses de Mines, Paris, 2010.

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jueves, 14 de octubre de 2010

ALAIN DESROSIÈRES: "LE SOCIOLOGUE EN HABIT DE JOURNALISTE"

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Le sociologue en habit de journaliste

par Alain Desrosières [30-09-2010]

Domaine(s) : Société | Culture & médias

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Sociologue des médias à l’origine, Cyril Lemieux a décidé de participer à son objet en animant une chronique radiodiffusée commentant les événements à la lumière de la sociologie. Un exercice difficile, susceptible de ranimer les relations entre science et médias à condition d’éviter un certain nombre d’écueils.

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Recensé : Cyril Lemieux, La sociologie sur le vif, Presses des Mines, Paris, 2010, 326 p., 19 €

Depuis plus de vingt ans, resurgit régulièrement le débat sur l’enseignement des « sciences économiques et sociales » (SES) dans le second cycle des lycées. Cet enseignement revendique la complémentarité de l’économie et de la sociologie. Ce regroupement est critiqué de deux points de vue qui, bien que distincts, visent au même but : faire disparaître l’heureuse innovation qu’a constituée la création, dans les années 1970, de cet enseignement associant les deux disciplines. D’une part, des chefs d’entreprise affirment que cet enseignement donne « une image négative de l’entreprise », en attirant trop, selon eux, l’attention des élèves sur les tensions et conflits entre les groupes sociaux. D’autre part, les économistes universitaires orthodoxes, qui revendiquent la scientificité de leur discipline (notamment à travers ses modélisations mathématiques) en la distinguant de disciplines supposées littéraires et peu rigoureuses, estiment que cet enseignement, assuré dans les lycées, prépare mal à celui, abstrait et formalisé, qu’ils pratiquent dans les grandes écoles et les universités. Sans que cela soit dit explicitement, la sociologie est, de ce fait, disqualifiée. Ce deuxième point de vue est bien sûr contesté par les universitaires économistes hétérodoxes de toutes tendances.

Au delà de la bataille, menée à juste titre par les enseignants des SES, il est utile de s‘interroger sur les usages sociaux de ces deux disciplines. L’économie élémentaire, notamment celle des médias, insiste sur deux idées apparemment contradictoires. D’une part, l’individualisme méthodologique affirme que seuls les comportements des individus, libres de leurs choix et poursuivant leurs intérêts, permettent de rendre compte des phénomènes économiques. D’autre part les « contraintes des marchés » sont « incontournables » et pèsent lourdement sur ces mêmes acteurs individuels, telles des lois universelles. Dès son origine, l’économie s’est constituée comme un discours normatif, ou au moins prescriptif, soit en inculquant aux jeunes (et aux moins jeunes) une « culture économique » schématique et désincarnée, soit en conseillant le Prince ou en commentant ses décisions, (avec des outils certes plus sophistiqués). Dans ce deuxième cas, l’économie est comparable à une « ingénierie », selon l’expression de Michel Armatte [1]. Il est cependant difficile de juger les contenus cognitifs de la science économique en les isolant de ces deux grands types d’usages sociaux, idéologique et prescriptif. La crise qui fait rage depuis 2007 (les subprimes) et 2008 (la faillite de Lehman Brothers) a multiplié les interventions de ce type prescriptif : « Voilà ce qu’il faut faire… », « Voilà ce qu’on aurait dû faire… ».

Qu’en est-il, de ce point de vue, de la sociologie ? A quoi sert-elle, de fait ? La sociologie sur le vif, le livre apparemment sans prétention théorique de Cyril Lemieux, offre une occasion de réfléchir à cette question, notamment en la comparant à l’économie. Il est constitué par les transcriptions de brèves interventions de cinq minutes, à la fin d’une émission radiophonique hebdomadaire de France-Culture, La suite dans les idées, de Sylvain Bourmeau, entre août 2007 et juillet 2009. Le plan est toujours le même : présentation d’un événement d’actualité, puis interprétation de celui-ci à l’aide de quelques grands auteurs de la sociologie classique ou contemporaine. Dans chaque cas, est opposée à la lecture journalistique « premier degré », souvent stigmatisante ou moralisante, une autre lecture indiquant à ceux

qui croient que les individus sont entièrement libres et autonomes dans leurs choix, [que] la sociologie rappelle ce que ces choix supposés autonomes doivent à leur socialisation et à la place particulière qu’ils occupent dans des systèmes d’action concrets, les mettant aux prises avec d’autres êtres humains. (21 juillet 2009, p. 310).

Cet énoncé très général et scolaire prend tout son relief avec les cas concrets que tout le monde a en tête car ils ont figuré, à un moment ou l’autre, à la une des grands médias. Cette lecture a l’intérêt de montrer que la sociologie ne vise pas à présenter les comportements des acteurs comme « déterminés », ni a fortiori« excusés » par des « facteurs sociaux » qui les surplomberaient, comme le suggère souvent une lecture dénonciatrice. En revanche, elle contribue à stimuler « l’imagination politique », selon une expression inspirée du célèbre livre de Wright Mills, L’imagination sociologique. Ceci pourrait s’appliquer tout particulièrement à l’imagination des journalistes.

Sociologie compréhensive et journalisme

Cyril Lemieux s’était en effet fait connaître, en 2000, par la publication de sa thèse sur le journalisme : Mauvaise presse. Une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques (Métailié, Paris). Il y décrivait le système des contraintes et les configurations d’acteurs dans lesquels les journalistes se meuvent, et les critiques qui leur sont adressées. Parmi celles-ci, la dépendance au temps très court et aux interprétations déjà formatées par les acteurs, et la concurrence entre médias. Ce premier livre avait parfois été lu, par des critiques plus radicaux, comme une tentative de disculper une presse souvent perçue comme complice des pouvoirs économiques et politiques en place. Le dernier livre, La sociologie sur le vif, peut être vu comme une série d’exercices sur ce que la sociologie pourrait apporter au travail journalistique, notamment pour les écoles de journalisme. Sans chercher à « excuser », il s’agit de fournir des exemples d’événements qui, à un moment, « font l’actu », et de les lire à l’aide de quelques schèmes travaillés, dans d’autres temps et d’autres lieux, sur d’autres cas, par quelques-uns des auteurs les plus fameux de la discipline. L’auteur parle à ce sujet de « distanciation ». Il a toujours en tête, pour la combattre, l’opposition simpliste et scolaire entre liberté et déterminisme, déjà mentionnée ci-dessus à propos de l’économie. Mais il la traite non pas de façon abstraite et théorique, mais à partir de ces histoires et polémiques qui ont défilé dans la presse au cours de ces deux années :

La sociologie doit cesser de croire que son travail cesse à partir du moment où elle a montré les limites de l’autonomie des individus… Sa tâche est, au moins autant, de rendre compte de ce phénomène social que constitue l’autonomie, ou du moins, un certain degré d’autonomie individuelle. Parvenir à concilier les deux perspectives, celle de l’autonomie relative des individus et celle de leur manque d’autonomie observable, demande des approches sociologiques suffisamment subtiles. Or, celles qui ont pignon sur rue ne le sont pas toujours (25 septembre 2007, page 294).

« Rendre compte de ce phénomène social que constitue l’autonomie », telle est la tache paradoxale de la sociologie « compréhensive », selon l’expression (elle-même souvent très mal comprise) de Max Weber, revendiquée par Cyril Lemieux. Cette démarche doit se défendre sur deux fronts : 1) « comprendre » n’est pas « excuser », mais 2) ce ne peut être non plus un obstacle à la lutte politique, y compris la plus exigeante et radicale. La première critique peut d’ailleurs être lue dans les deux sens : « expliquer » (et a fortiori « comprendre ») les émeutes de banlieue n’est pas « excuser » les brûleurs de voitures (comme le soutient Alain Finkielkraut), mais « expliquer » les comportements des traders ou des riches fraudeurs fiscaux n’est évidemment pas non plus manifester une quelconque connivence avec eux.

Quels sociologues sont ainsi mobilisés ? Le grand gagnant est Max Weber (dix fois), dont sont cités les thèmes de la légitimation (charismatique ou légale-rationnelle), de la supposée opposition entre éthiques de responsabilité et de conviction (présentées et relativisées), le « désenchantement du monde », le capitalisme comme une « cage d’acier », et l’idée de neutralité axiologique. Puis viennent Pierre Bourdieu (six fois : habitus, champ et distinction, bien sûr, mais aussi le « racisme de classe », et l’opposition de Grignon et Passeron entre misérabilisme et populisme), et, chacun cinq fois : Howard Becker (déviance et outsiders, sociologie du monde de l’art), Luc Boltanski (sens de la justice, jugements de grandeur, notion d’« affaire »), Emile Durkheim (suicide, anomie, droit et division du travail social, biologie et sociologie), Norbert Elias ( autocontrainte et distanciation, processus de civilisation, société de cour, gêne devant la mort), Erving Goffman (mise en scène de la vie quotidienne, distance au rôle, perte de la face, dénégation des inégalités sociales), Albert Hirschman (quatre fois : rhétorique réactionnaire, sociologie des grèves, « exit et voice »), et (trois fois) : Raymond Aron, Christian Baudelot et Roger Establet, Michel Callon et Bruno Latour, puis (deux fois), Jurgen Habermas, Maurice Halbwachs, Paul Lazarsfeld, Claude Lévi-Strauss.

Rechercher les implicites antérieurs

Voyons, pour deux affaires récentes en partie postérieures à ces interventions radiophoniques, quel éclairage sociologique serait possible : les affaires Kerviel, puis Bettencourt-Woerth. Dans les deux cas, il apparaît que ces affaires rendent visibles des choses qui existaient auparavant de longue date, mais étaient non vues. La forme « affaire » provient de cette soudaine visibilité. Là où le journaliste décrit un scandale, le sociologue cherche pourquoi ces mêmes choses ne faisaient pas auparavant scandale, et pourquoi elles apparaissent à un certain moment. De cela les exemples abondent. (Les affaires de pédophilie relèvent sans doute de ce cas, mais les études historiques et sociologiques de cette question manquent, pour des raisons évidentes).

L’affaire Kerviel est évoquée dans l’émission au moment de son apparition, en janvier 2008. Elle est lue avec l’information alors disponible, sur la trajectoire familiale, sociale et professionnelle du trader, et sa place dans la salle de marché de la banque (émission du 29 janvier 2008, citant La distinction de Pierre Bourdieu). Plus tard, et notamment après la publication de son livre de souvenir (L’engrenage, Flammarion, 2010) puis son procès (printemps 2010), la lecture de Cyril Lemieux pourrait être complétée par l’analyse du micro-milieu des traders que suggèrent les travaux des sociologues Olivier Godechot et Fabian Muniesa, et de l’économiste spécialiste de la finance André Orléan. Dans ce cas, se compléteraient deux schèmes fréquemment mobilisés dans La sociologie au vif : une lecture macro-sociologique, façon Bourdieu, et une autre sur les interactions au sein de « systèmes d’action locaux », tels que les décrit Erhard Friedberg. Les informations publiées en 2010 sur l’atmosphère très particulière des salles de marché (bien décrite par Kerviel), la compétition sur les bonus, la hiérarchie de la banque, tournent autour de la question éminemment sociologique, invoquée par le trader pour sa défense : « Tout le monde savait ». Que veut dire « savoir » ? Qui savait quoi ? Non seulement sur l’activité hors norme de Kerviel, mais, plus généralement, sur ce qui était implicitement « normal » pourvu que cela rapporte à la banque ? Quel est cet implicite brandi par lui pour se défendre, et farouchement nié par sa hiérarchie ? Passer d’une logique d’imputation de culpabilité et de défense, à une autre d’analyse des systèmes d’action en œuvre, tel est un des enjeux du passage nécessaire, d’une posture judiciaire (et journalistique), vers une autre où la sociologie compréhensive traque les implicites antérieurs, qui « expliquent » les comportements des acteurs au moment où éclate l’affaire.

L’affaire Bettencourt-Woerth, qui démarre en décembre 2007 sur la plainte pour « abus de faiblesse » d’une fille à propos de sa mère, prend une toute autre ampleur en juin 2010, avec la révélation par Médiapart des enregistrements de conversations par un majordome de Liliane Bettencourt. Là encore sont possibles plusieurs lectures sociologiques impliquant des implicites antérieurs. Comme pour l’affaire Kerviel, la première est macro-sociologique. Elle est le fait de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (Le Monde, 13 juillet 2010), dans la ligne de leur étude sur Les ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces (Seuil, Paris, 2007). Ils situent ainsi l’activité sociale et hippique du couple Woerth dans leur ville de Chantilly, décrite comme un haut lieu de la grande bourgeoisie. Cet entre-soi allant de soi, cultivé de longue date, explique la surprise et l’incompréhension des acteurs de voir tout à coup dévoilés par la presse des réseaux d’influence et d’échanges de bons procédés, dans lesquels ils baignent sans aucun recul. Mais plusieurs autres implicites apparaissent aussi dans cette affaire gigogne : le cumul, depuis plusieurs années, des fonctions de trésorier d’un parti et de ministre, le « conflit d’intérêt » non perçu auparavant, de l’aveu même d’une protagoniste, et enfin, le moins souligné et pourtant très important : la question de « l’abus de faiblesse » et du système des tutelles, qui met en cause le droit et la sociologie de la famille. Chacun de ces points pourrait mériter à lui seul un petit recul sociologique du type « sociologie sur le vif », si des journalistes ainsi frottés de sciences sociales s’en emparaient.

Limites et portée de l’exercice : les trois périls de la sociologie

L’exercice consistant à faire un petit cours de sociologie en cinq minutes dans une émission de radio est une gageure. Il a bien sûr ses limites, et on ne peut en faire grief à l’auteur, qui a astucieusement rempli son contrat. On peut néanmoins se demander s’il n’aurait pas été possible de faire au moins allusion à certaines questions dont il est par ailleurs spécialiste. Par exemple, les controverses souvent âpres qui parsèment l’histoire de la sociologie ne sont évoquées que très incidemment, sous la forme : « Certains pensent que…, et d’autres que… », sans que ces oppositions soient décrites ni expliquées. La statistique est souvent utilisée comme argument, mais l’enjeu que sa construction constitue, et les débats autour de la quantification, ne sont pas mentionnés. Encore une fois, l’auteur peut répondre qu’il voulait aller à l’essentiel, en montrant en quoi la sociologie peut contribuer au décryptage quotidien des rapports sociaux. De ce point de vue, il permet de réfléchir à quelques-uns des dangers qui la guettent. Trois dérives menacent en effet la sociologie : l’économétrie, le théoricisme et l’essayisme.

La notion de variable est centrale dans la démarche économétrique. Elle est essentielle dans une perspective de gouvernement, des hommes ou des choses. Il n’est pas illégitime que la science économique, sous-tendue par une finalité normative ou prescriptive, fasse large usage d’outils adaptés aux sciences de l’ingénieur. En revanche, la diffusion des techniques économétriques en sociologie met en avant des questions comme « l’effet pur d’une variable », ou « l’effet causal », « toutes choses égales par ailleurs », notamment afin d’évaluer les effets à attendre de telle ou telle action. Ainsi substituée de fait à la question de l’acteur en société, cette notion de variable tend à changer radicalement la spécificité historique de la discipline, rappelée en termes simples et concrets par La sociologie au vif, à travers les nombreuses questions traitées par les auteurs classiques. Cette distinction entre une problématique d’acteur situé et une problématique de variable dépasse très largement celle, récurrente dans les manuels, entre « méthodes quantitatives » et « méthodes qualitatives », le fameux « quanti ou quali ? ». De ce point de vue, ce livre peut contribuer à faire avancer la réflexion sur l’enseignement des SES, en partant de l’idée que les deux démarches, économie et sociologie, sont légitimes, mais que l’une ne doit pas effacer l’autre, même subrepticement et de façon invisible à travers ses instruments apparemment techniques comme la statistique et l’économétrie.

Le théoricisme est un autre péché mignon de la sociologie, très différent du précédent. Cette fois, la sociologie a du mal à se démarquer non plus de l’économie, mais de la philosophie la plus conceptuelle. Ou plutôt, elle peut être aspirée par une autre forme de normativisme, celui de la philosophie politique, pour lequel la demande sociale est inépuisable. Cyril Lemieux appartient à un courant de la sociologie, inspiré de Luc Boltanski et Laurent Thévenot, qui s’est précisément donné pour but de prendre pour objet empirique les justifications et orientations normatives des acteurs sociaux. Il y a contribué à travers la notion de « sociologie des épreuves ». Cette sociologie suppose la mise en place de systèmes d’observation et d’interprétation très originaux. Mais, de même que les sociologues quantitativistes risquent d’être happés par la machinerie économétrique, les sociologues de la justification risquent d’être happés par la machinerie conceptuelle. La philosophie politique est, comme l’économie, une grande et vénérable tradition, mais la sociologie doit toujours être consciente de ce qui la distingue nettement de l’une comme de l’autre, en particulier du point de vue de ses usages sociaux. Malgré la modestie apparente de son propos, La sociologie au vif est une bonne introduction aux questions : À quoi sert la sociologie ? En quoi se distingue-t-elle autant de l’économie que de la philosophie sociale et politique ?

Cette dernière question est aussi essentielle pour réfléchir au troisième danger qui guette la sociologie, l’essayisme, attisé notamment par les demandes médiatiques. Il en existe plusieurs variantes. Le fait de ne pas recourir aux langages ésotériques de l’économétrie, ou de la théorie pour la théorie, peut conduire à une facilité : le commentaire redondant et sans surprises du « spécialiste » qui, de micros en tribunes, diffuse en boucle les réponses toutes prêtes aux questions toutes faites de trop de journalistes. Ce péril n’est pas spécifique à la sociologie. L’économiste Frédéric Lordon a bien analysé le danger que constitue pour un chercheur le fait de répondre trop souvent et trop brièvement à la multiplication de ces demandes . Les chercheurs peuvent s’y laisser entraîner, presque involontairement, dès lors qu’ils figurent dans les carnets d’adresse des journalistes, qui les qualifient de « bons clients », au verbe vite dit vite oublié. L’autre variante, plus ambitieuse, est celle de la « libre opinion ». Il ne s’agit bien sûr pas de critiquer l’expression démocratique des points de vue, mais le fait de se parer, pour exprimer des idées souvent banales, de quelque titre académique, supposé donner plus de poids à cette opinion. Les interventions de Cyril Lemieux dans La suite dans les idées ne relèvent pas de ces cas, dans la mesure où il cherche à mettre en relief, dans une émission consacrée aux sciences sociales, l’apport spécifique du regard sociologique. Il y fait apparaître des aspects, souvent contre-intuitifs, des événements qu’il commente, en s’appuyant sur les auteurs classiques, qu’il contribue ainsi à faire mieux connaître. Et de fait, il a interrompu l’exercice au bout de deux ans. Le mieux que l’on puisse lui souhaiter est de ne pas devenir un « bon client ».

Dans quelle mesure la sociologie peut elle contribuer à la (re)naissance d’une presse plus critique, sinon subversive ? L’écart entre une grande partie des journalistes et les classes populaires est apparu de façon caricaturale au moment du référendum européen de 2005. Depuis, il a été souvent affirmé que la multiplication des supports internet a permis l’éclosion d’une presse moins terne et convenue, dont Edwy Plenel (Mediapart) et Daniel Schneiderman (Arrêt sur images) sont des symboles parmi d’autres. Certains (il est vrai, créateurs de tels sites) vont jusqu’à prophétiser la fin prochaine de la presse papier. Il faut noter que ces nouveaux sites se sont surtout fait connaître par la révélation de scandales, qui apparaissent comme des anomalies, des déviances. L’intérêt du regard sociologique (et aussi historique, non moins important) est de faire ressortir le caractère structurel, et donc politique, bien plus qu’accidentel, de rapports sociaux dont les rebondissements de « l’actu » (« un clou chasse l’autre ») ne sont que des épiphénomènes.

par Alain Desrosières [30-09-2010]

Pour citer cet article :

Alain Desrosières, « Le sociologue en habit de journaliste », La Vie des idées, 30 septembre 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Le-sociologue-en-habit-de.html

Notes

[1] Voir Michel Armatte, La science économique comme ingénierie. Quantification et modélisation, Presses de Mines, Paris, 2010.

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lunes, 23 de agosto de 2010

CÓMO NO ESCRIBIR UN "REPORTAJE"

REPORTAJE: Vida&artes

La economía entiende muy poco de dioses

Un estudio rebate la clásica identificación entre protestantismo y capitalismo - ¿Influyen las diferencias culturales en el desarrollo? - ¿Por qué triunfan o fracasan los países?

M. ANTONIA SÁNCHEZ-VALLEJO 23/08/2010

Si el sociólogo Max Weber (1864-1920) viviera, puede que hoy hubiera titulado de otro modo uno de sus libros más importantes, La ética protestante del capitalismo. NO: WEBER NO PRETENDÍA PROMULGAR UNA SUPUESTA LEY GENERAL, INEXORABLE, DESDE QUE SURGIÓ EL CAPITALISMO SINO EXPLICAR UNA HISTORIA LIMITADA Y CONCRETA Porque el desafío económico de los países asiáticos, por un lado, y la emergencia de potencias que poco o nada tienen que ver con la tradición de Lutero NO SÓLO! LA AUTORA NI SIQUIERA RECUERDA A CALVINO!

Si el sociólogo Max Weber (1864-1920) viviera, puede que hoy hubiera titulado de otro modo uno de sus libros más importantes, La ética protestante del capitalismo. Porque el desafío económico de los países asiáticos, por un lado, y la emergencia de potencias que poco o nada tienen que ver con la tradición de Lutero configuran un panorama alejado del maniqueísmo protestantes-católicos en que se inscribe la obra de Weber, cuya tesis viene a ser que el talante industrioso, emprendedor e individualista de los protestantes es un factor más acorde con el mercado que el de los católicos, supeditados a la jerarquía y contrarios a la usura.

Ni el capitalismo es lo que era cuando Weber escribió esa obra, ni las sociedades occidentales (protestantes o católicas, tanto da NINGUNA PUEDE LLAMARSE ASÍ, HOY POR HOY: LA AUTORA SE PASA POR ALTO LA SECULARIZACIÓN DE LOS OCCIDENTALES) son las únicas que rigen los destinos del mundo, y mucho menos en el contexto de la actual crisis. Si a ello se añade que algunos expertos refutan la tesis de la obra de Weber, el debate sobre el triunfo o el fracaso de las naciones debería formularse en términos globales, y, por mor de la corrección política, con independencia de cualquier mención religiosa, capaz de encender hogueras CRÍTICAS ARGUMENTADAS NO SON HOGUERAScomo bien ha podido comprobar Barack Obama al apoyar públicamente la construcción de una mezquita en la zona cero de Nueva York.

Averiguar si los países protestantes -o los confucionistas o los sintoístas, en el siglo XXI- son más prósperos que los católicos por la influencia de distintos factores culturales es una pretensión, por general, demasiado equívoca. Bélgica, de mayoría católica, es un país desarrollado, por no hablar de la católica Italia, que pertenece al G-8. Los economistas, en general, BURDA GENERALIZACIÓN niegan la mayor: no hay hecho cultural que influya en la cuenta de resultados. Sociólogos y antropólogos, por no hablar de los teólogos, sostienen en su mayoría lo contrario: que es posible hallar la influencia que una fe o, por llamarlo de otro modo, un hecho cultural, NO ES "LLAMAR DE OTRO MODO" tiene en aspectos tan cuantificables como el déficit o el PIB de una nación.

El doctorando de la Universidad de Harvard Davide Cantoni se ha atrevido a matar al padre de la sociología moderna refutando en parte su tesis de que protestantismo es igual a riqueza. Con un estudio titulado Los efectos económicos de la reforma protestante, Cantoni analiza el crecimiento económico de 272 ciudades alemanas (162 luteranas, 88 católicas y 21 calvinistas) de 1300 LUTERO NACIÓ EN 1483! a 1900, llegando a la conclusión de que la diferencia de religión no explica las diferencias de crecimiento entre unas y otras.

Interpelado sobre la osadía que supone para un científico social llevarle la contraria a Weber, Cantoni advierte contra la tentación de sacar "demasiadas conclusiones" de los resultados de su trabajo. "Mi investigación es una comparación de largo recorrido, desde 1300 a 1900, de ciudades alemanas. Su relevancia es, ante todo, local, en el sentido de que responde a este planteamiento: ¿Cuál ha sido el impacto de la reforma protestante en el crecimiento de las ciudades alemanas entre 1300 y 1900?". Ante la tentación de extrapolar algún dato, ES LO QUE HACE LA AUTORA DEL ARTÍCULO Cantoni pide extremar la cautela: "En un sentido más amplio, el estudio podría servir para pronunciarse, cum mica salis, sobre la importancia del protestantismo en el crecimiento económico de Europa en general. Pero usarlo en un contexto distinto, como por ejemplo la Latinoamérica actual, no es de recibo". BRASIL, ARGENTINA Y CHILE TIENE FUERTES GRUPOS LUTERANOS, DESDE EL SIGLO XIX

Eso por lo que hace a la hipotética influencia del protestantismo en la economía. Porque el contexto en que Weber pergeñó su obra era ajeno a la actual pujanza -demográfica y política- del islam; al desafío económico de los tigres asiáticos y al mestizaje sociocultural -es decir, también religioso- de algunas de las potencias emergentes: Brasil, por ejemplo. El desempeño económico de India o China -que ya es la segunda potencia mundial, por delante de Japón- y su éxito global merecen capítulo aparte. Pero como sustrato del debate, el influjo de las diferencias culturales en los distintos modos de desarrollo de las naciones sigue teniendo cierto aliento, MÁS QUE "CIERTO" pese a las reticencias economicistas. A modo de ejemplo, aun políticamente incorrecto, para suscitar a las bravas la cuestión: ¿Puede triunfar económicamente un país -cualquiera de los musulmanes- que se detiene cinco veces al día para rezar? ¿Suponen las religiones orientales, del confucionismo al sintoísmo, una patente de éxito para el desarrollo económico, NO HAY UN MODELO ÚNICO pese a las condiciones de precariedad de la clase trabajadora -menores incluidos en algunos casos-, o en aquel solo influyen circunstancias objetivas, cuantificables?

"Cantoni compara alemanes con alemanes; según su tesis, lo importante es ser alemán, no protestante o católico", explica José Ignacio Torreblanca, del FRIDE, que se hizo eco de la tesis de Davide Cantoni en un artículo publicado en EL PAÍS (Prejuicios, 5 de abril de 2010). "Lo interesante del debate de las teorías del desarrollo es averiguar qué circunstancias objetivas influyen en el triunfo. Y, al revés, cuáles están detrás del subdesarrollo. Hay una estructura de oportunidades: los países más que pobres son desiguales. Todas las periferias, por definición, son más pobres que el centro, donde se concentran las oportunidades. Y eso puede verse incluso en la Unión Europea. ¿Quiénes son los países que están a la cola de la UE? Irlanda, Portugal, España y Grecia", explica Torreblanca. De los cuatro, tres (Irlanda, Portugal y España) comparten tradición cultural, y profundas raíces católicas. HOY POR HOY PASADAS POR ALTO O NEGADAS POR LA MAYORÍA

Para Iliana Olivié, investigadora principal de la Fundación Elcano y profesora de Teoría del Desarrollo Internacional en la Universidad Complutense de Madrid (UCM), tras el éxito de muchos países asiáticos no hay que ver la velada o la patente influencia de las religiones que sus poblaciones profesan, sino políticas integrales de desarrollo. "Aunque hay muchos casos diversos, hay elementos comunes: una política integral de desarrollo en la que todo se supedita a ese modelo, que además es un modelo nacional; y una apropiación del mismo por parte de la población. La sociedad ha metabolizado ese modelo, lo ha hecho suyo con un patriotismo bien entendido. ¿Se puede concluir de ahí que las filosofías orientales conducen al éxito económico? De ninguna manera. Lo que diferencia a Asia es ese proyecto nacional y coherente Y AUTORITARIO de desarrollo, que incluye al conjunto de la sociedad y que va a ir adaptándose a los tiempos". Ahora bien, aunque Olivié se niega a aceptar que en el desarrollo influya factor cultural alguno, NEGATIVA DISPARATADA, Y DE INMEDIATO NEGADA: "si hay una cierta homogeneidad cultural, social, étnica, puede que sí ayude...". Pero sin inferir de ello que las filosofías orientales empujen al éxito. "De ninguna manera", sentencia. ¿QUÉ SABRÁ OLIVIÉ DE "FILOSOFÍAS ORIENTALES"?

Desde los tiempos de Adam Smith y Karl Marx NO SON LOS MISMOS TIEMPOS, el debate sobre el desarrollo de las naciones se formula en torno a tres puntos básicos: "Mayor o menor intervención del Estado; si es necesaria o no una industrialización, un eje de discusión que se ha revitalizado con el extraordinario desarrollo de China, y mayor o menor apertura de los mercados, algo que está relacionado con el primer punto. Este esquema sustenta todas las teorías de desarrollo", explica Olivié.

La investigadora señala, no obstante, que, al pensar en clave de eficacia, competitividad o éxito, "lo hacemos influidos por la cultura dominante, que es la anglosajona". Y, a la inversa, si repasamos el panorama económico iberoamericano -con la excepción de Brasil, o del despegue económico chileno de los años noventa-, lo hacemos enfocando a países que se emanciparon sobre la base -las ruinas- de un sistema ajeno, el colonial. "España exportó un modelo de burocracia institucionalizado, y es verdad que ha podido dejarlo como legado en América Latina", señala Olivié. No obstante, en un debate como este "no hay síes ni noes, todo es una amplia gama de grises".

Federico Steinberg, también investigador principal de la Fundación Elcano y profesor de Economía en la Universidad Autónoma de Madrid, comparte con su colega el rechazo inequívoco a la influencia cultural como determinante del éxito o el fracaso económico de una nación. "A los economistas no nos gustan las explicaciones culturalistas, parte del desarrollo asiático se puede explicar sin recurrir a ellas. La gente responde a incentivos, esta es la base de la teoría económica. Si todo fuera [influencia] cultural, estaríamos abocados a un determinismo trágico". TAN "TRÁGICO" COMO EL SUYO. Pero concede: "No negamos que la ética protestante esté detrás de gente más ahorradora o inversora, pero lo que importa es que las políticas públicas se hagan bien o mal". Así, si la religión -la diferencia cultural, en suma- no es determinante, ¿influye más el contexto QUE TAMBIÉN ES, ENTRE OTROS, CULTURAL! ? ¿Puede un país sustraerse a la crisis con un buen rumbo económico? "Los países con buenas políticas internas, por ejemplo Brasil, siguen desarrollándose pese a que el marco internacional no es favorable. En suma: el desarrollo consiste en buenas políticas públicas internas; el subdesarrollo, en lo contrario, y esto sucede tanto en dictaduras como en democracias...".

El sociólogo Enrique Gil Calvo defiende a capa y espada la influencia de factores culturales en los distintos grados de desarrollo. SIN DUDA. LÁSTIMA QUE DESPUÉS LANCE ESTA BURDA TEORÍA: En el ámbito occidental, dice, "hay tres mundos del bienestar: el nórdico, que equivaldría a la socialdemocracia; el anglosajón, o liberal, y el continental, o democristiano. Así que por un lado estarían los modelos nórdico y anglosajón, y por otro, todos los demás, es decir, lo que ahora llamamos PIGS [acrónimo de Portugal, Irlanda, Grecia y España]. Esta división se puede apreciar también en las políticas públicas, incluso en el mayor o menor grado de corrupción", en la que, no hay que decirlo, los países meridionales de la UE sacan peor nota que los del norte.

Pero ¿dónde está la explicación? ¿En qué hunde sus raíces la diferencia entre los tres bloques? Gil Calvo no lo duda: "En la religión. Los nórdicos son luteranos; FALSA GENERALIZACIÓN los anglosajones, calvinistas, OTRA FALSA GENERALIZACIÓN y los PIGS, católicos, OTRA FALSA GENERALIZACIÓN salvo Grecia". A los tres modelos de desarrollo citados podría añadirse un cuarto, el renano, un híbrido "donde se mezclan protestantes y católicos", explica Gil Calvo.

Para el sociólogo, las diferencias culturales lo empapan todo. "También los distintos sistemas jurídicos vigentes en Occidente, la common law frente a la civil law, que se basan en distintos modelos de familia, el autoritarista frente al igualitario, o el troncal, donde todo lo hereda el primogénito".

Ciñendo el debate al contexto occidental, Gil Calvo considera que la influencia de la cultura en la economía se puede demostrar empíricamente, "incluso a través de las encuestas". Por ejemplo, la desigual respuesta de las sociedades frente a la corrupción. En el Barómetro de enero de 2010 del CIS, la corrupción y el fraude solo constituían la undécima preocupación de los españoles, muy por detrás de cuitas como la economía o la inseguridad. "A los católicos se nos perdona la corrupción como se nos perdonan los pecados, basta con confesarse. Por el contrario, entre los calvinistas impera el sálvese quien pueda, la insolidaridad y la desigualdad: los ciudadanos quieren ser desiguales. El igualitarismo es el rasgo del luteranismo, con un Estado de bienestar muy completo en el que los ciudadanos quieren ser iguales". OTRO BURDO ESQUEMA

Aunque este reportaje no tenga pretensiones científicas, ENTONCES ¿POR QUÉ LO PUBLICA? queda demostrado, grosso modo, que la benedictina regla del ora et labora (reza y trabaja) ha tenido a lo largo de la historia muy desiguales manifestaciones según a qué punto del mapa se mire. Pero de ahí a que la cuenta de resultados de las naciones se incline más por el haber que por el debe, o viceversa, en función de una creencia determinada, es algo que pocos científicos, una vez muerto -y rematado GROSERÍA INDEFENDIBLE por obra y gracia de Davide Cantoni- Weber, van a defender.

Ventajas de ser feligrés e inmigrante

Numerosos inmigrantes, en su mayoría latinoamericanos, protagonizan una pequeña revolución religiosa en países como España: de su mano, la presencia de las iglesias evangélicas se ha multiplicado. Pedro Tarquis, portavoz de la Alianza Evangélica Española, sostiene que su pertenencia a una Iglesia es un factor que facilita la integración. "Están más centrados, buscan trabajo con más empeño y tienen como objetivo el bienestar del hogar y, en especial, de los hijos".

"El índice de maltrato doméstico es sensiblemente inferior entre los evangélicos, tanto en las sociedades de acogida como en las de origen. Y la tasa de alcoholismo también es menor", señala.

Davide Cantoni no oculta que Latinoamérica -un continente tradicionalmente católico con un índice de penetración de las Iglesias protestantes entre el 20% y el 40%, según el Observatorio de La Paz- "es un importante laboratorio social".

"La expansión del protestantismo, especialmente el de tipo evangélico, en Latinoamérica es un fenómeno muy interesante, y es cierto que hay señales de que la gente que se convierte al protestantismo es también ambiciosa, trabajadora y con mayor capacidad de movilidad social", expone este doctorando de Harvard. "No obstante, debemos evitar las correlaciones del tipo: 'la mayoría de los protestantes latinoamericanos son muy trabajadores y tienen un fuerte sentido de la moral'. Porque la clave es: ¿son laboriosos y morales porque son protestantes o, al revés, escogen convertirse al protestantismo solo porque saben que el protestantismo es acorde con una actitud laboriosa y moral?".